Métier : Numismate

 

Entretien avec Nicolas Parisot (CGB)

Nicolas est incollable sur les monnaies romaines : là où vous ne verrez qu'une vague plaque ronde en métal, il vous décrira en détail l'Empereur, sa vie et son oeuvre. C'est comme ça, la passion n'a pas de limites. Mais comment est-on contaminé par un tel intérêt ? Et comment en faire son métier ? Portrait de Nicolas Parisot et de son monde où l'aureus prime sur l'euro.


Camille Daval : Bonjour Nicolas, comment décrirais-tu ton métier à des non spécialistes ?

Nicolat Parisot : Mon métier est assez simple, il s'agit tout simplement de récolter, classer, estimer et donc vendre des monnaies romaines.

Nous rachetons ou prenons en dépôt de vieilles collections, souvent suite à un héritage, et dont les héritiers souhaitent se séparer. Nous répartissons ces collections selon la période historique, et chaque expert classe sa partie. Si les monnaies ont une petite valeur, nous les vendons par l'intermédiaire d'Internet dans notre boutique, si la valeur est élevée, les monnaies passeront dans des catalogues de vente aux enchères.


Camille Daval : Quel est ton parcours universitaire ?

Nicolat Parisot : DEUG d'histoire de l 'art, LICENCE d'histoire de l'art et archéologie puis rencontre avec Bernard Rémy, qui me fait passer en MAITRISE d'histoire et enfin, ma dernière année universitaire, le MASTER d'histoire, sur un sujet concernant la numismatique !


Camille Daval : Etais-tu déjà passionné de vieilles pièces quand tu étais petit ou as-tu découvert cette passion sur les bancs de la fac ?

Nicolat Parisot : Ma passion pour les monnaies remonte à loin !!! Etant enfant, j'avais la chance d'habiter en bordure de la forêt de Compiègne, où les sites pullullent à même la surface. Ces sites furent fouillés sous Napoléon III, et à l'époque, l'archéologie n'était pas la même... Tout ce qui n'est pas gros ou entier était laissé, ce qui a fait mon bonheur étant enfant !

C'est en trouvant des monnaies romaines que ma passion est venue ! Imaginez-vous trouvant une monnaie datant de la fondation de Constantinople à 10 ans, ça marque !! Pourquoi, comment, par qui, les questions fusent rapidement, la passion est née !


Camille Daval : Il n'y avait pas de formation en numismatique à la fac, alors comment as-tu appris à décrypter les monnaies romaines ?

Nicolat Parisot : Oui, il est vrai que les facs manquent cruellement de formation en numismatique, qui reste pourtant un complément indispensable à l'archéologie. Mon apprentissage s'est fait seul, en lisant, en allant sur le net, puis suite à des rencontres comme Jean-Pascal Jospin, Michel Amandry et surtout Bernard Rémy. Etre à la fac de Grenoble fut une chance, rares sont les facs possédant de vrais numismates enseignants !!


Camille Daval : Pourquoi les romains, qu'est-ce qui t'attire dans cette période ?

Nicolat Parisot : La monnaie romaine fut ma première passion, puisque c'est ce type de monnaies que je trouvais étant enfant. Maintenant, j'aborde la numismatique comme un moyen de retour à mes origines, ce qui fait que je m'intéresse également aux monnaies gauloises, mérovingiennes, à tout ce qui a été frappé en France à l'époque antique... et ce qui fait donc que j'ai vraiment du mal à apprécier le monnayage grec !


Camille Daval : Comment fixe-t-on la valeur marchande d'une monnaie ?

Nicolat Parisot : Pour fixer la valeur d'une monnaie, plusieurs facteurs rentrent en compte :

* la rareté de la monnaie : une monnaie connue à un ou deux exemplaires vaudra toujours plus cher que sa voisine courante (même empereur, même état)...

* l'état : même datant de la période romaine, il est possible de trouver des monnaies "fleur de coin", n'ayant jamais circulées (thésaurisée ou perdue de suite après la frappe). Ces monnaies vaudront plus qu'une monnaie usée (une "savonnette"). Malgré tout, une belle patine, un aspect agréable, peuvent redonner une valeur à une monnaie en faible état...

* l'empereur : si l'empereur " parle" aux collectionneurs, ses monnaies auront une valeur supérieure, même courantes. C'est le cas de Néron notamment et bien entendu, je ne parle pas de Jules César, ultra surcoté par rapport à la rareté toute relative de ses monnaies...


Camille Daval : Quel est le profil le plus répandu chez les acheteurs ?

Nicolat Parisot : compulsifs ! On peut comparer l'effet de collectionner à une maladie. Acheter une monnaie comble un manque et la plupart des acheteurs sont prêts à se ruiner pour avoir LA monnaie qu'ils recherchent !


Camille Daval : L'achat de telles valeurs est-il un placement efficace ? Quelles sont les raisons qui motivent acheteurs et vendeurs ?

Nicolat Parisot : Concernant les monnaies antiques, ils ne faut pas chercher un placement ! Pour exemple, les prix actuels des monnaies sont plus faibles que ceux pratiqués dans les années 80... C'est un marché de passionnés avant tout. L'exception pour les monnaies antiques serait la période mérovingienne, où les prix montent de vente en vente. Ces monnaies sont si rares que le combat est vraiment "rude" pour en acquérir, ce qui explique les prix qui flambent !

Par contre, pour la période moderne, on peut parler de placement. C'est là que l'on rencontre le plus grand nombre de collectionneur. L'effet "euro" est là, les collectionneurs recherchent les monnaies qu'ils avaient durant leur enfance. Le franc a de beaux jours devant lui...


Camille Daval : En tant que passionné, tu dois avoir une âme de collectionneur. Alors, comment arrives-tu à laisser partir certaines pièces qui iraient particulièrement bien dans ta collection ?

Nicolat Parisot : Dans ce métier, dès le début, il faut faire la part des choses, sinon, c'est le malheur et la ruine assurés ! Je suis ravi de voir passer des monnaies extraordinaires, qui me font rêver, mais le rêve s'arrête là... je serai plus malheureux en ratant un ouvrage épuisé qu'en laissant partir une superbe monnaie !


Camille Daval : Quelles sont les plus belles pièces que tu as pu voir dans le cadre de ton métier ?

Nicolat Parisot : Je ne suis numismate que depuis 3 ans, mais la liste des monnaies incroyables est déjà longue ! Ce ne sont pas les plus chères qui me marquent, mais plus une qualité de frappe, un style particulier... Si je ne devais en citer qu'une, je dirai un statère parisi classe V, la plus belle monnaie jamais frappée à mon avis !


Camille Daval : Quelle est la fourchette des prix ?

Nicolat Parisot : Les monnaies de la boutique débutent à 5 euros. On a du mal à imaginer qu'une monnaie bimillénaire puisse valoir ce prix là, et pourtant ! Quand à la plus chère, le record est détenu par un marabotin d'Alphonse III, une monnaie unique, vendue 75 000 euros il y a quelques mois.


Camille Daval : Comment vous protégez-vous de la revente de monnaies volées ?

Nicolat Parisot : Il existe un fichier des monnaies volées, qui recense la date du vol, et quand c'est possible, la photo de la monnaie. Pour les monnaies antiques, il est très facile de reconnaître une monnaie volée, tant la frappe est " artisanale", chaque flan, coin, style est unique.


Camille Daval : Et si je trouve une monnaie dans mon jardin, est-ce que je peux légalement la vendre ?

Nicolat Parisot : oui, après déclaration aux services archéologiques... ça prend peu de temps et tout le monde est content !


Camille Daval : Tu as une formation en Histoire de l'Art et Archéologie. Que penses-tu de l'éventuelle fuite de ce patrimoine vers l'étranger ?

Nicolat Parisot : Arrfffff... question douloureuse pour un marchand !!! Il est navrant de voir partir des " monuments" historiques, mais malheureusement, les monnaies vont là où se trouve l'argent et c'est rarement en France !

Malgré tout, depuis un an, la loi a évoluée. Toute monnaie ayant été frappée avant 1500 et valant plus de 1500 euros est soumise à une demande d'exportation auprès du Cabinet des Médailles de la BnF, qui a autorité pour bloquer l'export.


Camille Daval : Est-ce que les musées et les collectivités publiques sont acheteurs ?

Nicolat Parisot : Oui, nous travaillons énormément en collaboration avec les musées. Lorsqu'un trésor est déclaré et arrive chez nous à la vente, nous contactons en priorité les musées concernés. Avant de le vendre, nous nous assurons qu'aucun musée ne puisse être intéressé.

Sinon, lors de nos ventes sur offre, il est courant que des musées misent sur les monnaies frappées dans la ville du musée et qui manquent aux collections. Tout dépend des crédits dont le musée dispose...

Petite anecdote : les vente sur offres ne sont pas soumises aux droits de préemption, les musées doivent donc " jouer", comme n'importe quel autre collectionneur...


Camille Daval : Allez, petit truc de professionnel : dans quel Empereur il faut investir aujourd'hui ?

Nicolat Parisot : Je ne pense pas qu'investir dans un empereur en particulier soit un bon investissement. A mon avis, il faut plutôt investir dans une qualité de monnaie, ça se revendra toujours mieux !


Merci beaucoup à Nicolas pour ses réponses.

Si vous êtes intéressés, je ne peux que vous conseiller de visiter le site internet de CGB et surtout de vous abonner au bulletin numismatique,

vous apprendrez plein de choses sur les monnaies, directement sur votre boite mail.

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